"Je prendrai ma peine, elle sera impartiale et juste. Je suis là pour assumer", disait en cour d’assises ce jeudi le jeune Marwan Yahiaoui, 24 ans, reconnu coupable d’avoir tué son père, Ahmed Yahiaoui par strangulation le 23 décembre 2017 quand il n’avait que 21 ans.

Et la peine qu’il a reçue, décidée par les douze jurés et les juges après quatre jours de procès, c’est 20 ans de réclusion. Une peine plutôt clémente, puisque c’étaient 25 années qui avaient été requises par l’avocat général Damien Vervaeren. Les jurés ont retenu plusieurs circonstances atténuantes, dont le contexte familial conflictuel dans lequel il vivait.

Le procès s’était ouvert lundi matin. On est revenu sur le passé du jeune homme, et sur les faits qui se sont produits, du 23 au 26 décembre 2017. À la cour, Marwan explique que tout se passe dans ce contexte de divorce, et la crainte que lui et sa mère se retrouvent à la rue parce que son père, la victime, voulait revendre la maison familiale.

Ahmed et Marwan avaient accepté de se rencontrer, près du bois de Farciennes, l’après-midi du 23 décembre. "On a discuté de la maison, je ne voulais pas qu’il la vende. Nous ne sommes pas tombés d’accord. Il m’a dit que j’étais un animal qui ne faisait rien de sa vie, je l’ai insulté, il m’a giflé… et j’ai explosé." Le fils a rapidement pris le dessus. "Je lui ai serré le cou, très fort, environ 5 minutes. Il n’avait aucune chance de s’en sortir, selon moi."

Le cadavre de son père à ses pieds, à deux pas de la N568 qui relie Farciennes et Fleurus, Marwan a pris le temps de casser le GSM de la victime, puis il est rentré chez lui. Sur le chemin du retour, il a envoyé deux SMS au numéro de son père pour laisser entendre qu’il l’avait attendu et était déçu qu’il ne soit pas venu au rendez-vous. Le soir même, il a vu des amis, bu de la vodka et joué à la Playstation.

Le 25 décembre, il est revenu sur les lieux du crime. Cette fois, il a pris des outils et des vêtements de rechange : il a tiré le corps de son père sur une cinquantaine de mètres, jusqu’à un bois. Il a nettoyé le cadavre avec des lingettes et utilisé une brosse à dents pour curer les ongles de son père. Puis il a enterré le corps, et a jeté les vêtements dans un sac en plastique.

Le 26 décembre, la sœur d’Ahmed a appelé la police, s’inquiétant pour son frère. La famille reçoit la visite de la police, mais Marwan a tout nié. Le 28, des fouilles dans les environs ne donnent rien… mais les enquêteurs repartent interroger le jeune homme après l’avoir vu en compagnie de son père, le 23 décembre, grâce à des caméras de surveillance. C’est seulement le 29 décembre qu’il est passé aux aveux, après huit auditions.

Marwan a été décrit comme un jeune homme poli, calme et intelligent par les témoins. Les experts l’ont déclaré en pleine possession de ses moyens. Mais Ahmed avait aussi une famille, et deux filles en plus de Marwan, deux filles qui ne reverront plus jamais leur père. "Ahmed Yahiaoui n’était peut-être pas le père de l’année, mais en le tuant Marwan a rendu impossible toute réconciliation. Ce n’est pas un délinquant, c’est un criminel." Et la place d’un criminel est en prison. Pour 20 ans d’après les jurés et les juges.

© D.R. - le père, Ahmed Fahiaoui