A l'issue de son septième consistoire depuis son élection en 2013, le pape argentin de 83 ans aura choisi presque une centaine de cardinaux sur le total actuel de 232. Mais surtout plus de la moitié des "cardinaux-électeurs" (ceux qui ont moins de 80 ans), les seuls participant à la désignation de son successeur.

Jorge Bergoglio, qui a effectué la majorité de sa carrière en Argentine, loin des intrigues romaines, bouscule souvent les attentes des grands diocèses occidentaux.

Sensible aux "périphéries" reculées et aux communautés catholiques "ultra-minoritaires", il a repéré cette fois Cornelius Sim, vicaire apostolique du sultanat de Brunei sur l'île de Bornéo, Etat à majorité musulmane d'environ 400.000 habitants et seulement 16.000 catholiques.

"C'est une église de périphérie cachée, petite comme une Fiat 500", s'est étonné dans un entretien à AsiaNews l'homme de 69 ans, premier citoyen de son pays à devenir un peu par hasard prêtre, évêque et bientôt cardinal.

Ce choix accentue la montée en puissance de l'Asie, avec aussi la sélection d'un nouveau Philippin, l'archevêque Jose Fuerte Advincula, 68 ans.

Deux Asiatique absents 

Les deux Asiatiques ont renoncé à faire le déplacement à cause des restrictions liées à la pandémie, mais deviendront néanmoins cardinaux.

Comme de coutume, les futurs "princes de l'Eglise" s'agenouilleront devant le pape pour recevoir leur toque quadrangulaire pourpre dans la somptueuse basilique Saint-Pierre. Une couleur rouge qui rappelle qu'ils doivent être prêts à donner leur sang pour l'Eglise.

La tradition d'échanger "un baiser de paix" avec le pape, entre nouveaux, puis avec les anciens, a été proscrite ce samedi. Tout comme celle des "visites de courtoisie", qui permettent aux Romains de venir saluer les nouveaux cardinaux.

L'archevêque de Kigali au Rwanda, Antoine Kambanda, 62 ans, est à Rome pour devenir le premier cardinal de son pays, théâtre voici 26 ans d'un génocide dont il est lui-même un rescapé. "Nous avons beaucoup travaillé pour la réconciliation. Ça faisait très mal de voir une communauté catholique et chrétienne déchirée, s'entretuer", a-t-il commenté sur les ondes de Radio Vatican.

Le plus médiatisé, l'archevêque de Washington Wilton Gregory, sera le premier noir américain à endosser la toque pourpre. Une marque de "soutien à la communauté afro-américaine", a confié à l'AFP celui qui avait dénoncé en juin l'attitude de Donald Trump face à des manifestants antiracistes.

L'Amérique latine disposera de deux nouveaux cardinaux. Le Mexicain Felipe Arizmendi Esquivel, 80 ans, remarqué pour son attention portée aux peuples indigènes. Ainsi que Mgr Celestino Aos Braco, 75 ans, un frère capucin espagnol devenu archevêque de Santiago du Chili en 2019 après la démission d'un cardinal impliqué dans un vaste scandale d'abus sexuels.

 "Capucin jusqu'à la mort" 

Enfin, l'Italie est privilégiée avec six cardinaux, dont trois se distinguent par leur engagement concret auprès des plus démunis, de quoi séduire le pape François qui répète que "l'Eglise est un hôpital de campagne".

Celui qui deviendra le benjamin de tout le collège est un frère franciscain de 55 ans, Mauro Gambetti, Gardien du Sacré-Couvent d'Assise, abritant le tombeau de saint François d'Assise qui prôna pauvreté et fraternité. C'est lui qui avait accueilli en octobre au sanctuaire le pape jésuite, venu signer son encyclique "Fratelli tutti", très inspirée des franciscains.

Tout futur cardinal doit d'abord être nommé évêque s'il ne l'est pas encore, mais une personne a demandé une dérogation. "Je désire être un frère capucin jusqu'à la mort", a plaidé Raniero Cantalamessa, 86 ans, prédicateur de la Maison pontificale qui depuis quarante ans a lu ses sermons à trois papes.

François a aussi choisi un simple curé d'une paroisse de Rome, Enrico Feroci, 80 ans, homme de terrain qui a longtemps dirigé l'antenne caritative de Caritas.

Il a en outre récompensé le nouvel archevêque de Sienne (Toscane), Mgr Augusto Paolo Lojudice, 56 ans. Auparavant dans la capitale italienne, il était très dédié aux marginaux et aux Roms, lui valant le surnom de "prêtre des Roms".