“Un triomphe historique pour le sport slovène”, “Tadej Pogacar et Primoz Roglic ont offert le plus beau duel de l’histoire du sport slovène. Ils ont écrit ensemble un conte de fées et nous avons peut-être assisté à un des chapitres les plus éblouissants du Tour de France.” La presse slovène ne boudait pas son plaisir ce lundi pour revenir sur l’exploit réalisé par ses deux champions lors du Tour de France 2020. Rarement une nation n’aura autant dominé la plus grande course cycliste du monde au point de truster les deux premières places du classement final. Et encore moins un pays d’à peine plus de 2,1 millions d’habitants, l’équivalent du nombre de licenciés football en France.

Pourtant, Tadej Pogacar et Primoz Roglic ne sont pas les seuls joyaux slovènes. Avec Tina Maze, double championne olympique (descente, géant) et quadruple championne du monde de ski alpin, aujourd’hui retraitée, la Slovénie possède l’une des plus grande skieuse de tous les temps. Enclavé entre l’Italie et la Croatie, tout au bout des Alpes, ce petit état montagneux a émergé grâce avant tout aux sports d’hiver. En 2015, Peter Prevc décrochait un record du monde de saut à ski (250m) en Norvège. En 2008, 2009 et 2011, la fondeuse Petra Majdic s’adjugeait à trois reprises la Coupe du monde de sprint en plus de sa médaille de bronze aux JO de Vancouver (2010). Sans oublier les performances régulières du biathlète Jakov Fak, également médaillé de bronze sur les pistes canadiennes et double champion du monde. “Il y a de nombreux athlètes professionnels en Slovénie dans tous les sports. Nous sommes une grande nation sportive, affirmait récemment Roglic, le grimpeur malheureux de Jumbo-Visma. Pour le cyclisme et le Tour, nous sommes juste dans une situation d'émulation particulière. On se pousse à être meilleurs chaque jour.

Les sports d'hiver mais pas que...

Le petit prodige Tadej et son aîné, ancien sauteur à ski, ont mis le projecteur sur une nation de champions qui sait désormais se diversifier. En 2017, les basketteurs slovènes remportaient l’Euro 2017 au nez et à la barbe des favoris espagnols, serbes et français. Trois ans plus tard, les performances de Luka Doncic, star des Dallas Mavericks, véritable magicien de la NBA, prouvent que cette victoire était tout sauf une surprise. Le joueur All-Star s’impose à 21 ans (même âge que Pogacar) comme l’un des phénomènes de la plus grande ligue au monde au point d’être attendu comme un futur MVP dans les années à venir. Mais le pur produit du pays des Balkans n’est pas le seul à briller sur les parquets américains. L’expérimenté meneur Goran Dragic (34 ans) est à son apogée cette saison avec le Heat de Miami puisqu’il a atteint les finales de Conférence Est et se montre décisif à chaque rencontre. Dans les autres sports collectifs, la Slovénie obtient des résultats probants. Ses volleyeurs se sont frayés deux fois un chemin vers la finale du championnat d’Europe ces dernières années (2015, 2019). En football, le gardien de l’Atlético Madrid Jan Oblak est l’un des joueurs les plus solides à son poste et a déjà disputé la finale de la Ligue des Champions. Son coéquipier en sélection Samir Handanovic fait les beaux jours de l’Inter Milan depuis huit ans. Alors que Josip Ilicic (Atalanta) et sa lourde frappe de balle font régulièrement trembler les filets en Italie.

Ces succès, en apparence récents, ne sont en fait pas si jeune. Ex-pays youslave, la Slovénie plaçait de nombreux athlètes au sein des sélections de la République communiste. Mais avec son indépendance le 25 juin 1991, cet état qui fait aujourd’hui partie de l’UE (depuis 2004) s’émancipe grandement par le sport. 65% de sa population pratique une activité physique, assure d’ailleurs Ouest France dans son édition ce lundi. À l’image des milliers de pancartes aperçues sur le bord des routes de la Grande Boucle en soutien à Roglic et ses compatriotes, l’effervescence dont fait preuve la population slovène pour ses champions est unique. Une émulation qui pousse des centaines de jeunes à se frayer un chemin vers la gloire par le biais du sport.