Les 28 magasins belges de l'enseigne française de prêt-à-porter Camaïeu sont en grève ce lundi. Quelques dizaines d'employées, épaulées par des délégations syndicales belge, française et luxembourgeoise, manifestent ce matin devant l'immeuble de la rue Neuve à Bruxelles abritant un magasin et le siège social de l'entreprise.

"Je viens manifester car, après 12 années de bons et loyaux services, on m'a licenciée par un simple coup de téléphone mercredi. Camaïeu n'en a rien à faire de nous et la direction essaie de nous faire croire que, si on coule, ce sera de la faute du personnel", témoigne Sarah, gérante du magasin Camaïeu de Tournai.

Ses consœurs arborent pour beaucoup un t-shirt où est écrit "Sourire à la vie" mais elles en ont barré le mot "sourire" pour le remplacer par exemple par "sale coup". Certaines employées brandissent de petites pancartes "We love our job", une inscription reflétant leur attachement à leur métier et à l'enseigne.

Pourtant, les conditions de travail se sont dégradées, souligne Sarah. "Les 36 heures semaines chez Camaïeu, ça n'existe pas. On en fait plutôt 40 ou 45. On pousse les gens à bout, principalement les plus gros salaires pour raison d'ancienneté, pour les faire partir. On nous demande d'en faire toujours plus, sans aucune considération. Heureusement, on très solidaires entre employées", affirme la gérante.

Sarah n'a reçu aucune consigne de sa direction quant à l'organisation des soldes, qui débutent le 1er août. Aucun message de soutien non plus, malgré la faillite de l'enseigne et elle se demande à quelle sauce elle va être mangée. "Combien de temps allons nous rester sans réponses ? J'en ai besoin pour me mettre en recherche d'emploi", dit-elle.

Pas de trace de la Belgique dans le plan de reprise

Camaïeu, qui accuse 300 millions d'euros de dettes, a fait aveu de faillite en France, pays dans lequel la direction du groupe a demandé et obtenu une protection contre ses créanciers. Mais rien de tout cela en Belgique. Alors, le personnel belge et ses représentants syndicaux s'interrogent sur l'avenir de la filiale belge. "Des candidats repreneurs se sont manifestés, dont les actuels actionnaires dont ne voulons pas car la confiance est rompue. Pour l'instant, la filiale belge n'est pas incluse dans l'offre française de reprise. Aucune information n'a été donnée aux candidats repreneurs au sujet des magasins belges. Avec cette action, nous demandons à ce que de véritables négociations autour d'une reprise s'ouvrent en France et que la direction belge introduise une demande de procédure en réorganisation judiciaire (PRJ)", explique le permanent syndical CNE Jalil Bourhidane.

Fin juillet au plus tôt, le tribunal français doit trancher la question du choix du repreneur pour les magasins français. La CNE, à l'origine de la manifestation de ce lundi, veut de la clarté sur le volet belge de ce dossier de faillite. "La direction nous a dit qu'elle demanderait une PRJ le plus rapidement possible mais nous n'avons pas encore de date", indique Jalil Bourhidane.

La CNE craint que les caisses de l'entreprise soient vides au point de ne pas pouvoir payer un plan social pour ses employées licenciées. Une faillite impliquerait que les indemnités de départ seront payées par le Fonds de fermeture des entreprises, donc l'Etat, avec un maximum de 25.000 euros par personne.

Mardi, les 28 magasins Camaïeu rouvriront. "On fera acte de présence, surtout pour nos clientes", déclare Sarah.