Les hôpitaux sont-ils prêts d'être saturés?
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Les hôpitaux sont-ils prêts d'être saturés?Ce débat sur la saturation est assez relatif: dans les faits, nous sommes déjà saturés. Depuis deux semaines, nous avons décidé de reporter une série d'hospitalisations de façon drastique, notamment au niveau de la chirurgie cardiaque. Nous ne sommes pas encore au stade où nous n'avons plus du tout de place, mais cela pourrait être le cas d'ici dix jours. Cela dépend de la façon dont la courbe va évoluer les quatre ou cinq jours prochains.On entend que les hôpitaux pourraient ajouter des lits, mais manquent de bras. La situation est plus critique qu'en mars?Totalement plus critique. Cela est dû à de multiples choses. Il y a un taux d'absentéisme plus important parce que le virus circule fortement dans toute la population : le taux de positif est de 20 à 30%, il est forcément comparable parmi notre personnel. Après la première vague, un certain nombre de personnes ont en outre quitté le métier parce qu'il est trop difficile. S'ajoute à cela la pénurie classique du métier. On tente de faire tout ce que l'on peut : on appelle ceux qui sont à mi-temps pour des temps pleins, on augmente supplémentaires, on mobilise les écoles de la province, on rappelle des pensionnés... Mais le métier d'infirmier, a fortiori d'infirmier dans un salle Covid, cela ne s'improvise pas.Les mesures décidées ne sont-elles pas suffisantes?Je pense en tout cas que la réaction a été trop lente. Pas nécessairement l'action de ce gouvernement-ci, mais l'attente entre le moment où les experts et responsables d'hôpitaux ont sonné l'alarme et les premières mesures. Quand le confinement a été décidé, en mars, nous étions à six hospitalisations. Quand, cette fois-ci, on a décidé la fermeture de l'Horeca, la mesure considérée comme la plus forte aujourd'hui, nous en étions à 90 ! Ce que l'on vit aujourd'hui, 'est le résultat de cette réaction trop tardive.On a désormais harmonisé les mesures avant un tour de vis supplémentaire: ce sont des choix de société difficile?Dans une vie passée, j'ai été moi-même chef de cabinet du ministre de l'Economie, je suis donc parfaitement conscient de cela et je ne suis pas indifférent à l'importance de l'économie. Pendant l'été, nous avons travaillé à des protocoles plus stricts pour faire en sorte qu'elle puisse continuer à tourner. Sans économie, on ne peut pas financer le reste. Je ne plaide pas pour un reconfinement général. Mais la réalité qu'il faut comprendre, c'est que des gens et des proches risquent de ne plus pouvoir être soignés ces prochaines semaines. Le choix de société, il est là aussi. Depuis un mois, déjà, on ne soigne plus tout le monde.Donc, on devra peut-être passer par un confinement plus large...Il faut absolument casser la courbe, c'est très clair. Est-ce qu'il faut un reconfinement ou pas ? C'est une question de sémantique, cela dépend aussi du respect des règles dans la population. A ce rythme-là, ce qui est sûr, c'est que notre personnel ne tiendra pas. Il y a des mouvements de grève de la part des hôpitaux, y compris au CHU de Liège. Pour beaucoup, le non-respect des règles est interprété comme un manque de respect à leur égard.Autour de nous, les gens ne semblent pas se rendre compte de la gravité de la situation. Nous, nous sommes en plein dedans, et on s'en rend peut-être trop compte, mais la différence de perception entre la première vague et la deuxième vague est stupéfiante. Le fait que certains aient eu le Covid sans que ce ne soit trop grave joue un rôle, mais combien d'autres ne finissent pas en soins intensifs, avec une longue réhabilitation à la clé, quand ils ne meurent pas.De façon plus générale, il faut aussi voir comment on va vivre à long terme avec le virus, au-delà d'un reconfinement de trois ou quatre semaines. Aura-t-on un vaccin efficace et la population l'acceptera-t-il? Je m'inquiète du développement de mouvements qui y sont opposés. Nous sommes à nouveau dan la gestion de crise, pas dans la gestion du risque, mais on doit s'y préparer.