Comment cela se passe-t-il dans votre service en ce moment ?

Le service des soins intensifs est complet et nous sommes en sous-effectif. Habituellement, nous sommes cinq infirmières le matin par unité, ce qui veut dire que nous avons chacune deux patients à gérer. Aujourd'hui, nous avons quatre patients à gérer chacune. C'est donc impossible de prodiguer des soins de qualité.

La situation est-elle différente de la première vague ?

Oui. Au Mont Légia, il y a 48 lits en soins intensifs. Au printemps, on avait 24 lits pour les patients Covid et 24 lits pour les autres. Aujourd'hui, on est obligés de mettre des patients Covid dans l'unité propre parce qu'on n'a plus de place.

Vous avez donc le même nombre de lits qu'au printemps, mais davantage de patients ?

Oui. On a même un peu plus de lits. On devrait probablement atteindre les 60 lits de soins intensifs prochainement.

Est-ce que vous recevez de l'aide du personnel des autres services ?

Oui. Ce sont des personnes très volontaires, mais elles ne sont pas formées aux soins intensifs. Il faut par exemple leur montrer comment faire la toilette d'un patient intubé.

Bien que maintenant, faire la toilette du patient est devenu secondaire. On les lave un jour sur deux, mais ça s'arrête là parce qu'on n'a pas le temps. Bientôt, ce sera peut-être un jour sur trois.

Le personnel qui nous vient en aide est un plus, mais il n'est pas formé pour réagir si un patient se dégrade. Donc lors des situations critiques, nous sommes seules.

Et du côté des médecins ?

Certains chirurgiens dont l'activité non urgente est stoppée vont aussi venir prêter main-forte aux urgences ou dans notre service. Comme cela, les urgentistes peuvent continuer à s'occuper des cas graves qui arrivent. Un chirurgien ne sait pas intuber un patient, mais il peut par contre recoudre une plaie aux urgences.

La pénurie de soignants vient-elle aussi du fait qu'il y a beaucoup de malades du Covid ?

Oui. Structurellement en service de réanimation, il manque déjà beaucoup de personnel. Du coup, lorsqu'on ouvre un service supplémentaire pour accueillir plus de patients Covid, on a n'a pas de ressources humaines supplémentaires.

Quelles activités fonctionnent encore dans l'hôpital ?

Pour l'instant, il reste les opérations urgentes, surtout chez les patients qui ont déjà été reportés lors de la première vague. Il faut jongler et trouver un équilibre entre les patients à traiter. Il y a aussi encore quelques consultations.

Quand la saturation risque-t-elle d'arriver ?

Le service est déjà complet.

On ne teste plus les patients et ceux qui vont suffisamment bien sont renvoyés chez eux. On ne peut plus garder les patients en observation par mesure de précaution.

La stratégie actuelle est de transférer les patients qui vont mieux vers d'autres hôpitaux pour essayer de libérer de la place pour les suivants.

Est-ce que vous craignez de devoir choisir entre les patients ?

Oui, cela va arriver. On a peur d'être confrontés à des choix difficiles, mais aussi de voir nos proches arriver aux urgences et peut-être être refusés, faute de place.

Sur quoi vous basez-vous pour choisir quel patient aura le droit d'être soigné ?

L'âge va être pris en compte, mais également les antécédents médicaux et les chances de survie. On choisira toujours celui qui a le plus de chance de s'en sortir.

Si vous n'avez pas de place et qu'une personne de 80 ans arrive aux urgences dans un état critique, que va-t-il se passer ?

Le service des urgences va essayer de le stabiliser. Ensuite, c'est le médecin qui va décider. Si on arrive à faire sortir un patient du service, on pourra alors accueillir ce nouveau patient.

Comment vous sentez-vous par rapport à cela ?

C'est très frustrant. On n'a jamais dû faire face à cela. Devoir s'inquiéter qu'un patient prenne la place d'un autre, c'est horrible. Parfois, j'ai du mal à me regarder dans un miroir.

C'est difficile psychologiquement ?

Oui. Et en plus, on sait qu'on est qu'au début de cette vague qui s'annonce dévastatrice. Hier, j'avais trois patients intubés et une entrée que j'ai à peine su gérer parce que je ne m'en sortais pas avec les trois autres.

Je suis seule dans une chambre en train de commencer la toilette d'un patient et en même temps ça sonne dans l'autre chambre. Du coup, je dois sortir, me déshabiller avec précaution pour ne pas me contaminer, ne pas contaminer l'espace propre et me rhabiller pour aller dans l'autre chambre. On ne peut plus passer d'une chambre à l'autre parce qu'on s'est rendu compte qu'il y avait des germes particuliers et résistants. Il faut absolument éviter de les transmettre entre patients. On court en permanence pendant 10 heures d'affilée. On n'a même pas le temps de boire une gorgée d'eau.

Hier, j'ai pleuré en préparant les médicaments parce que je me sentais impuissante. On ne sait plus travailler correctement.

Même devoir réduire la toilette au strict minimum ça nous frustre. Laver les patients tous les jours à l'isobétadine savon (Covid et non Covid), ça permet de les désinfecter. Ne pas le faire, ça diminue leurs chances.

Je suis devenue très pessimiste, j'ai peur de travailler dans de telles conditions. On fait comme on peut, on n'a pas le choix.

Le service des soins intensifs est complet et nous sommes en sous-effectif. Habituellement, nous sommes cinq infirmières le matin par unité, ce qui veut dire que nous avons chacune deux patients à gérer. Aujourd'hui, nous avons quatre patients à gérer chacune. C'est donc impossible de prodiguer des soins de qualité. Oui. Au Mont Légia, il y a 48 lits en soins intensifs. Au printemps, on avait 24 lits pour les patients Covid et 24 lits pour les autres. Aujourd'hui, on est obligés de mettre des patients Covid dans l'unité propre parce qu'on n'a plus de place. Oui. On a même un peu plus de lits. On devrait probablement atteindre les 60 lits de soins intensifs prochainement. Oui. Ce sont des personnes très volontaires, mais elles ne sont pas formées aux soins intensifs. Il faut par exemple leur montrer comment faire la toilette d'un patient intubé. Bien que maintenant, faire la toilette du patient est devenu secondaire. On les lave un jour sur deux, mais ça s'arrête là parce qu'on n'a pas le temps. Bientôt, ce sera peut-être un jour sur trois. Le personnel qui nous vient en aide est un plus, mais il n'est pas formé pour réagir si un patient se dégrade. Donc lors des situations critiques, nous sommes seules.Certains chirurgiens dont l'activité non urgente est stoppée vont aussi venir prêter main-forte aux urgences ou dans notre service. Comme cela, les urgentistes peuvent continuer à s'occuper des cas graves qui arrivent. Un chirurgien ne sait pas intuber un patient, mais il peut par contre recoudre une plaie aux urgences. Oui. Structurellement en service de réanimation, il manque déjà beaucoup de personnel. Du coup, lorsqu'on ouvre un service supplémentaire pour accueillir plus de patients Covid, on a n'a pas de ressources humaines supplémentaires.Pour l'instant, il reste les opérations urgentes, surtout chez les patients qui ont déjà été reportés lors de la première vague. Il faut jongler et trouver un équilibre entre les patients à traiter. Il y a aussi encore quelques consultations. Le service est déjà complet.On ne teste plus les patients et ceux qui vont suffisamment bien sont renvoyés chez eux. On ne peut plus garder les patients en observation par mesure de précaution. La stratégie actuelle est de transférer les patients qui vont mieux vers d'autres hôpitaux pour essayer de libérer de la place pour les suivants.Oui, cela va arriver. On a peur d'être confrontés à des choix difficiles, mais aussi de voir nos proches arriver aux urgences et peut-être être refusés, faute de place. L'âge va être pris en compte, mais également les antécédents médicaux et les chances de survie. On choisira toujours celui qui a le plus de chance de s'en sortir. Le service des urgences va essayer de le stabiliser. Ensuite, c'est le médecin qui va décider. Si on arrive à faire sortir un patient du service, on pourra alors accueillir ce nouveau patient.C'est très frustrant. On n'a jamais dû faire face à cela. Devoir s'inquiéter qu'un patient prenne la place d'un autre, c'est horrible. Parfois, j'ai du mal à me regarder dans un miroir.Oui. Et en plus, on sait qu'on est qu'au début de cette vague qui s'annonce dévastatrice. Hier, j'avais trois patients intubés et une entrée que j'ai à peine su gérer parce que je ne m'en sortais pas avec les trois autres. Je suis seule dans une chambre en train de commencer la toilette d'un patient et en même temps ça sonne dans l'autre chambre. Du coup, je dois sortir, me déshabiller avec précaution pour ne pas me contaminer, ne pas contaminer l'espace propre et me rhabiller pour aller dans l'autre chambre. On ne peut plus passer d'une chambre à l'autre parce qu'on s'est rendu compte qu'il y avait des germes particuliers et résistants. Il faut absolument éviter de les transmettre entre patients. On court en permanence pendant 10 heures d'affilée. On n'a même pas le temps de boire une gorgée d'eau. Hier, j'ai pleuré en préparant les médicaments parce que je me sentais impuissante. On ne sait plus travailler correctement. Même devoir réduire la toilette au strict minimum ça nous frustre. Laver les patients tous les jours à l'isobétadine savon (Covid et non Covid), ça permet de les désinfecter. Ne pas le faire, ça diminue leurs chances. Je suis devenue très pessimiste, j'ai peur de travailler dans de telles conditions. On fait comme on peut, on n'a pas le choix.