La technique mise au point par le docteur Miyawaki pour créer des forêts indigènes en milieu urbain ou périurbain a fait ses preuves dans le monde entier, quelles que soient les conditions de sol et de climat. Plus de trois mille forêts ont ainsi déjà été engendrées à travers le monde. En 2006, le botaniste japonais voyait ses travaux récompensés du prix Blue Planet, qui distingue annuellement deux chercheuses ou chercheurs oeuvrant à résoudre les problèmes environnementaux.
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La technique mise au point par le docteur Miyawaki pour créer des forêts indigènes en milieu urbain ou périurbain a fait ses preuves dans le monde entier, quelles que soient les conditions de sol et de climat. Plus de trois mille forêts ont ainsi déjà été engendrées à travers le monde. En 2006, le botaniste japonais voyait ses travaux récompensés du prix Blue Planet, qui distingue annuellement deux chercheuses ou chercheurs oeuvrant à résoudre les problèmes environnementaux. En Belgique, la méthode est utilisée par l'entreprise Urban Forests, lancée en 2016 par le biologiste et naturaliste Nicolas de Brabandère pour accompagner des projets. Depuis, une dizaine de forêts urbaines ont été plantées sur des terrains privés ou publics en Wallonie. A Willemeau, dans l'entité de Tournai, quelque cent cinquante personnes se réunissaient début novembre dernier sur le terrain des époux Derasse pour planter mille cinq cents pieds de vingt- quatre espèces différentes. " Le choix des espèces est basé sur le "Potentiel naturel de végétation" élaboré par Reinold Tuxen en Allemagne, explique Nicolas de Brabandère, soit la communauté d'espèces la plus représentative de la forêt mature, propre au site où l'on se trouve, en fonction de différents critères environnementaux, tels que le sol et le climat. S'ajoute à cela une sélection d'espèces observées spontanément autour du site de plantation. Nous recourons uniquement à des essences indigènes parfaitement adaptées aux conditions locales et présentes dans la région depuis très longtemps, pour former une forêt dense à étages. De nombreuses autres espèces végétales vont venir s'y installer spontanément. " Les petits écosystèmes ainsi créés ont la particularité de pousser très rapidement, d'accueillir une large biodiversité, d'améliorer le bien-être des riverains et la qualité environnementale d'un site qui va attirer de nombreux oiseaux, papillons et champignons. Ce sont des forêts " à vivre " à proximité de chez soi, que l'on voit grandir et évoluer en allant s'y promener ou en passant à proximité. Ce jour-là, Christophe Marginet, pro- fesseur de travaux pratiques d'horti- culture à l'Institut provincial d' enseignement secondaire (Ipes) de Tournai, est venu accompagné de quelques élèves pour encadrer les enfants de l'école primaire Les Apicoliers, de Kain. " Nous avons planté des centaines d'arbres et arbustes indigènes de façon très serrée. Très vite, des strates vont appa- raître, certains arbres seront plus forts, d'autres vont mourir et nourrir la terre pour aboutir à un équilibre naturel en l'espace de trente ans, alors que pour obtenir le même biotope naturellement, avec une faune et une flore propres, il faudrait trois cents ans. Une fois la forêt plantée, les étudiants vont la pailler et, lors des deux premières années, un travail de désherbage devra être effectué. " Pour Philippe Derasse, propriétaire de la parcelle mise à disposition, " l'objectif est de faire naître une petite oasis de biodiversité. Le côté participatif de la méthode m'a également séduit. Les Apicoliers est une école "du dehors". Elle organise une sortie mensuelle avec ses élèves, qui sont dès lors habitués au mauvais temps. Ils étaient très heureux. A la fin de l'activité, on s'est tous retrouvés dans la grange autour d'une soupe de potiron. Et comme le terrain est ouvert, les enfants et leurs enseignants pourront revenir ici quand ils le souhaiteront. " L'objectif d'Urban Forests est d'apporter une solution pérenne destinée à renouer le citoyen avec la nature et à lui donner l'occasion de découvrir l'environnement. Nicolas de Brabandère précise que " la plantation est toujours réalisée avec des volontaires : riverains, écoles, associations, curieux, employés d'entreprises ou de services publics, scouts... Ils ont ainsi la possibilité de devenir acteurs du changement en suivant directement l'évolution de leur forêt, près de chez eux. De cette manière, ils prennent conscience des actions concrètes que tout un chacun peut entreprendre pour amener la nature dans son cadre de vie. Cela participe à la sensibilisation, mais aussi à amorcer une réflexion sur un autre mode de vie, plus en équilibre avec le milieu naturel, que cela soit dans nos aménagements urbains, notre mobilité, notre alimentation, etc. Certaines personnes ont envie de reproduire l'expérience chez elles, dans leur quartier, leur école ou leur entreprise. Cela favorise un changement de mentalité et une plus grande volonté de restaurer nos écosystèmes. " A Willemeau, plusieurs personnes se sont en effet jointes au groupe pour expérimenter la méthode, tout en apportant leur aide. Comme ces Lillois désireux de créer une forêt urbaine dans le cadre d'un budget participatif, ou une jeune fille qui souhaite lancer l'initiative dans sa commune pour compenser l'empreinte écologique d'un rallye humanitaire auquel elle prendra part avec deux amies. Aurélie Picard est venue de Bruxelles. Après une formation en tourisme et en organisation d'événements, elle a beaucoup voyagé et s'est intéressée au maraîchage, avec l'intention de produire sa propre nourriture. Elle a le projet de créer une pépinière où produire des arbres fruitiers et d'autres, destinés à nourrir les oiseaux. " J'ai envie de mettre ça sur pied en impliquant les écoles. Le projet Urban Forests est inspirant car il allie biodiversité et participation citoyenne. J'ai été éblouie par l'évolution des enfants qui, malgré le froid et la pluie, et alors qu'ils s'inquiétaient de la boue en arrivant, ont finalement aimé toucher la terre. Les adultes présents étaient visiblement ravis de cette découverte chez les plus jeunes. Après la plantation, j'ai parlé avec Nicolas dont un des rêves pour 2020 est de contacter plus d'écoles pour les impliquer dans des projets Miyawaki sur des terrains leur appartenant et pour mettre en place des animations sur la biodiversité. De cette manière, tous les jours et à chaque saison, les petits verront cette forêt avancer. "